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SOMMAIRE

Financement des jeunes entrepreneurs à travers les institutions de microfinance (IMF)
- Burkina Faso (RCPB)
- Niger (ASUSU)
- Togo (FUCEC)
- Rwanda (UFC)

Assistance technique des jeunes entrepreneurs à travers les incubateurs
- Sénégal (CTIC et Jokkolabs)
- El Salvador (Yawal)

Faciliter l’accès au marché des jeunes entrepreneurs à travers les catalyseurs
- Sénégal (Soreetul)

Financement des jeunes entrepreneurs à travers les institutions de financement
- Sénégal (WIC)

Étude sur les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) en Afrique Subsaharienne (mars 2018)



 

Soutien aux jeunes entrepreneurs et leçons apprises


Financement des jeunes entrepreneurs à travers les institutions de microfinance (IMF)

Pour répondre au défi de la création d’emploi pour les jeunes en Afrique Subsaharienne, ADA a progressivement établi depuis 2011 des partenariats avec des institutions de microfinance, afin d'offrir aux jeunes entrepreneurs des services financiers (crédit et épargne) couplés à des services non-financiers (formation, éducation financière, conseil en gestion d’entreprise, suivi et accompagnement), permettant d’optimiser l’utilisation du financement obtenu. C'est ce que ADA appelait l’initiative « Jeunes Entrepreneurs ». Ainsi, 4 projets ont été successivement menés au Burkina Faso (RPCB), au Niger (ASUSU), au Togo (FUCEC) et au Rwanda (UFC).

Un double objectif économique et social

1. Lutter contre le chômage des jeunes, à travers l’entrepreneuriat, en facilitant l’accès aux produits et services financiers et non-financiers via :
- une formation en éducation financière
- l’octroi d’un crédit à des conditions préférentielles pour démarrer ou renforcer une micro-entreprise
- un suivi personnalisé jusqu’au terme du remboursement du crédit

2. Contribuer à l’évolution des institutions de microfinance partenaires par :
- un accroissement du portefeuille de crédit
- un élargissement de la clientèle
- une amélioration des performances sociales


RCPB au Burkina Faso, première IMF partenaire du projet « Jeunes Entrepreneurs »

Pour faciliter l’insertion dans la vie professionnelle des jeunes au Burkina Faso, ADA  a mis en place fin 2011 un projet pilote intitulé « Créd’art », qui a démarré au sein de l’IMF leader du secteur de la microfinance au Burkina, le RCPB (Réseau des Caisses Populaires du Burkina Faso). Le Créd’art est composé de produits d’épargne et de crédits spécifiques aux besoins des jeunes. Ces produits s’adressent aux jeunes :
- entre 18 et 35 ans ;
- ayant appris un métier ou suivi une formation professionnelle ;
- étant dans le besoin de financement pour démarrer leur projet, ou ;
- ayant déjà démarré leur activité, et nécessitant de l'équipement ou du fonds de roulement.

Ces jeunes entrepreneurs burkinabés financés se consacrent principalement aux métiers de coiffeur, couturier, menuisier, maçon, bijoutier, plombier ou électricien.

Le produit est complété par des formations préalables au financement, notamment sur l’éducation financière et l’esprit d’entreprise.

Résultats du projet pilote
Le projet pilote « Créd'art » a montré des résultats très positifs depuis sa création fin 2011. Après plusieurs années de test et d’évaluation, le RCPB a conclu qu’il s’agissait d’un bon produit d’appel auprès des jeunes, avec un impact social positif.

Entre 2011 et 2014 :
- 1 687 jeunes ont été financés et accompagnés au Burkina Faso pour un volume total atteignant 1 million d’euros ;
- 84% des micro-entreprises financées en 2008-2009 sont toujours en activité 6 ans plus tard ;
- le Créd’art a permis la création d’environ 2 300 emplois entre les micro-entrepreneurs, les apprentis et le personnel engagé ;
- en 2014, le RCPB a décidé de diffuser dans deux nouvelles régions du Burkina Faso le Créd’art et de configurer de nouveaux produits de crédits dits de « transition », permettant aux jeunes financés une première fois par Créd’art d’évoluer progressivement vers les conditions classiques de financement de l’IMF.


Visionnez la vidéo sur le Créd'art, réalisée par la CIF et ADA


Réplication de l’initiative « Jeunes Entrepreneurs » au Togo et au Niger

Suite à un processus d’identification et de sélection poussé, 2 nouvelles IMF ont été sélectionnées en 2014 dans deux pays d’Afrique de l’Ouest : ASUSU au Niger et FUCEC au Togo, pour la mise en place d’une phase pilote afin de tester des services financiers et non financiers destinés aux jeunes entrepreneurs s’inspirant de l’expérience Créd’art.

Les premiers crédits ont été octroyés fin 2015 à Lomé ainsi qu’au centre du pays pour la FUCEC au Togo et mi-2016 au Niger principalement dans la ville de Niamey pour ASUSU au Niger.
 

  • FUCEC au Togo

Résultats du projet pilote
Après 2 ans de phase pilote dans les zones de Lomé, Kpalimé, Anié et Sokodé, les résultats sont satisfaisants et en phase avec les objectifs définis :
- 2 000 jeunes ont reçu une formation en éducation financière et entrepreneuriat ;
- 950 ont été financés pour créer ou renforcer leur entreprise ;
- un volume décaissé de 640 000 € ;
- 95 des jeunes financés en 2016 ont renouvelé en 2e crédit courant 2017 (soit 40% de renouvellement).

L’évaluation mi-parcours réalisée par ADA a permis de démontrer la bonne maîtrise des services par la FUCEC et leur impact positif sur la population cible, traditionnellement exclue par les IMF.  

En janvier 2018, afin de permettre à la FUCEC d’accroître l’impact de cette initiative et d’atteindre le niveau de rentabilité souhaité pour ce produit afin de maintenir cette offre des services aux jeunes de manière durable, ADA a accepté de renouveler son soutien technique et financier à travers un nouveau projet  de diffusion des services aux jeunes entrepreneurs.

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  • ASUSU au Niger

Pour des raisons liées au contexte extérieur nigérien et des facteurs internes à l’IMF, ASUSU s’est retrouvée dans une position financière difficile et a été mise sous tutelle par les autorités nigériennes en début d’année 2018.

Cette situation a eu un impact sur la phase pilote dont les résultats sont restés modestes avec environ 200 jeunes entrepreneurs nigériens financés en deux ans. Dans de telles conditions, il a été décidé de mettre un terme à la phase pilote, pour qu’ASUSU puisse se concentrer sur les chantiers prioritaires et redresser sa situation.


UFC au Rwanda : 4e IMF partenaire de l'initiative « Jeunes Entrepreneurs »

En 2016, ADA et UFC (Umutanguha Finance Company), une institution de microfinance au Rwanda, avaient mis en œuvre un projet pilote d’appui aux jeunes entrepreneurs pour contribuer à l’insertion professionnelle des jeunes. Cette approche consistait à donner à de jeunes artisans un accès à des services financiers et non financiers adaptés leur permettant de créer leur propre activité ou de la renforcer. Cela concernait 5 métiers artisanaux porteurs dans la région : coiffure, couture, mécanique, menuiserie et soudure.

Après 6 mois de conception et de mise en place du produit pilote, appelé Artisan Youth Loan (AYL), puis 12 mois de mise en œuvre dans l’agence de Mahoko au nord du pays, près de 100 jeunes avaient été financés.

Dès décembre 2018, un nouveau projet de diffusion plus ambitieux a été lancé avec l'objectif de financer 3 000 jeunes en 3 ans. Suite à cela, le personnel des 5 premières agences de diffusion a été formé et les premiers décaissements sont intervenus fin 2018.

En 2019, la diffusion s’est fortement intensifiée, et le produit a été déployé dans toutes les 18 agences de l’IMF. 2 000 jeunes ont été formés et  ont ouvert leurs comptes d’épargne auprès d’UFC et 300 jeunes ont été financés.

Afin de pérenniser cette initiative au Rwanda, ADA et le Rotary ont renouvelé leur partenariat en 2019 et 2020, à travers un accord de cofinancement d’un montant de 183 124 euros. A travers ce nouveau projet, intitulé « Appui aux jeunes micro et petits entrepreneurs rwandais », 4 500 emplois jeunes devraient voir le jour à l’horizon 2020.

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Assistance technique des jeunes entrepreneurs à travers les incubateurs

Après une mission de prospection au Sénégal en vue d’identifier des initiatives innovantes de renforcement des MPE, ADA a mis en place quatre projets pilotes dans le pays en 2018, avec deux incubateurs spécialisés dans l'appui à l’entrepreneuriat : CTIC Dakar et Jokkolabs.

CTIC accompagne les start-ups spécialisées en E-santé, E-tourisme et FinTech

CTIC ADA et CTIC ont conclu un accord de partenariat de 6 mois (juillet 2017 - décembre 2018), qui vise à accompagner les startups sélectionnées avec des projets dans les domaines de la E-santé, E-tourisme et Fintech tout en leur permettant de tester et de valider leur modèle économique.
A terme, le programme vise la mise sur le marché des services et/ou produits des startups accompagnées.

A propos de CTIC
CTIC Dakar, incubateur d’entreprises TIC propose un accompagnement sur divers volets aux entrepreneurs digitaux dont les projets sont innovants et à forte valeur ajoutée. En ce sens, cet accompagnement a pour but d’améliorer la qualité et la viabilité technique et financière des projets, renforcer les capacités des entrepreneurs, favoriser leur croissance et participer à la réduction du taux de mortalité des start-ups.

JokkolabsJokkolabs, l'incubateur de jeunes entrepreneurs

ADA a financé le lancement du concours « Jokkofood » organisé par Jokkolabs au Sénégal. Le concours était le premier du genre sur la transformation alimentaire de produits locaux dans le pays. Dans ce cadre, huit lauréats sélectionnés ont participé à un bootcamp de deux semaines en vue de peaufiner leur projet, et à l’issue duquel ils ont présenté un pitch de 5 minutes devant un jury. Les trois finalistes ont remporté un chèque leur permettant de démarrer leur activité.

Karym SY« Jokkolabs est une initiative lancée il y a plus de 8 ans. Le premier hub ouvert en octobre 2010 est le premier espace d’innovation entrepreneurial en Afrique. « Jokko » en Wolof signifie le lien, la connexion. Au-delà de stimuler la créativité, Jokkolabs favorise la collaboration entre des acteurs du développement qui ne communiquent pas mais agissent plutôt en silo, tels des ONG, agences et banques de développement, entrepreneurs… Nous mettons à la disposition des petits entrepreneurs une infrastructure et une équipe pour les accompagner dans leur croissance. Au-delà de notre appétence pour le numérique et les technologies, nous sommes également ouverts à d’autres projets comme par exemple l’agriculture avec la transformation de produits locaux, comme en témoigne le concours Jokkofood sur lequel nous avons bénéficié de l’accompagnement d’ADA. »
Karym SY, fondateur et directeur de Jokkolabs

entrepreneurs Sénégalais

ADA soutient les entrepreneurs Sénégalais

Pourquoi il est important d'appuyer l'entrepreneuriat en Afrique ?

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Yawal, l’incubateur qui soutient l’économie circulaire au Salvador

Parmi les projets réalisés en 2019, ADA a appuyé l’incubateur d’entreprises sociales Yawal au Salvador (du cabinet INSERT) à accompagner les entrepreneurs du secteur de l’économie circulaire dans le pays. Parmi la centaine d’entrepreneurs ayant manifesté leur intérêt à participer à ce programme, 8 ont bénéficié de formations pour peaufiner leur plan d’affaires et 4 d’entre eux ont reçu 2 500 USD pour développer leurs prototypes produits. Finalement, 2 entreprises ont bénéficié du programme d’incubation qui s'est terminé en février 2020.

Au total, ADA a cofinancé le projet à hauteur de 30 000 USD. Ce montant comprend les coûts de l’accompagnement technique auprès des entrepreneurs ; la participation des deux finalistes au Forum Latino-américain d’Investissement d’Impact (FLII) au Guatemala en novembre 2019 ; une partie de leur formation et de la bourse accordée pour le développement des prototypes ; et enfin, le financement de conseils légaux pour la création du club d’investisseurs « Fundación Cacao » qui a suivi de près le processus d’incubation et analyse la possibilité d’investir dans les finalistes du programme.

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« A propos de talons, de rêves et de bouteilles »

Découvrez les portraits des 4 finalistes

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Qu'est-ce que l'économie circulaire ?

Depuis le début de la première révolution industrielle, l’humanité a consolidé son développement économique et social basé sur un système de consommation linéaire : extraire la matière première, produire des biens, consommer ces biens et générer des déchets. Deux cents ans plus tard, les limites de ce modèle qui exploite sans discrimination les ressources limitées de la planète en polluant l’environnement et génère une quantité inimaginable de déchets, semble atteint. En effet, un système de production et de consommation linéaires ne peuvent pas être appliqués indéfiniment, en particulier dans une société où la durée de vie utile des biens produits diminue de plus en plus vite. 

L'économie circulaire, alternative rationnelle au modèle linéaire, a pour objectif de :

  • maintenir la valeur d’utilisation d’un produit tout au long des multiples cycles de vie ;
  • récupérer et réutiliser des pièces de produits qui n’ont à la base aucune valeur d’utilisation ;
  • et minimiser la perte totale de valeur – lorsque le bien est considéré comme un déchet.

Source : Marcelo Lezzi, Économie circulaire, 2017

Plusieurs stratégies sont possibles pour atteindre ces objectifs, mais il est nécessaire de tenir compte de la manière dont la valeur d'un produit est affectée. Ainsi, différents cycles sont possibles : 

Économie circulaire

A titre d’exemple, une entreprise peut choisir de réparer des objets destinés à être jetés, afin de les réinsérer sur le marché pour qu’ils soient réutilisés. En faisant cela, elle récupère jusqu’à 50% de la valeur du produit initial. D’autres peuvent décider de récupérer seulement quelques parties du bien original, récupérant ainsi jusqu’à 30% de la valeur initiale. Ceci est applicable en particulier au secteur des appareils électroniques, où certaines entreprises se sont spécialisées dans la récupération des minéraux précieux utilisés dans leur fabrication. Enfin, les entreprises peuvent choisir de récupérer les déchets de production des biens à travers le recyclage, récupérant ainsi 1% environ de la valeur du bien initial. Toutefois, le recyclage ne doit pas être sous-estimé, car il permet une réduction notable d’extraction de matières premières et des économies d’énergie conséquentes. Ainsi, recycler 3 bouteilles de verre permet d’économiser l’équivalent qui aurait était nécessaire pour maintenir une ampoule à basse consommation allumée pendant 8 jours ou charger 318 fois un téléphone portable (www.ecovidrio.es).


Faciliter l’accès au marché des jeunes entrepreneurs à travers les catalyseurs

Après une mission de prospection au Sénégal en vue d’identifier des initiatives innovantes de renforcement des MPE, ADA a mis en place quatre projets pilotes dans le pays en 2018, avec une plateforme de commercialisation de produits agricoles en ligne / catalyseur de marché : Soreetul.

SoreetulSoreetul, plateforme de commercialisation en ligne

Créée en 2014, Soreetul est une plateforme e-commerce de produits agro-alimentaires et cosmétiques, qui a pour vocation de rapprocher l’offre rurale de la demande urbaine. Elle permet aux femmes sénégalaises vivant en milieu rural qui font la transformation de matières premières de pouvoir accéder au marché. Depuis 2018, ADA s’est associée à Soreetul pour mener un projet pilote visant à intégrer des fournisseurs de produits halieutiques (issus de la pêche) à la plateforme. A ce jour, 4 groupements d’intérêt économique (GIE) rassemblant plus de 1 000 productrices ont été sélectionnés. En Wolof, Sooretul signifie « Ce n’est plus loin ».


Financement des jeunes entrepreneurs à travers les institutions de financement

Après une mission de prospection au Sénégal en vue d’identifier des initiatives innovantes de renforcement des MPE, ADA a mis en place quatre projets pilotes dans le pays en 2018, avec un fonds d’investissement syndiqué, créé par et pour les femmes : WIC Sénégal – Women’s Investment Club.

 

Women’s Investment Club


WIC (Women’s Investment Club - Sénégal) et ADA se sont associés dans le cadre de la mise en place du premier fonds syndiqué de la zone UEMOA par et pour les femmes.

Le fonds d’investissement WIC cible des entreprises, dirigées par des femmes au Sénégal, dans le but de participer à l’autonomisation économique des femmes entrepreneures en leur fournissant le capital nécessaire pour faire fructifier leurs entreprises.

En juin 2018, ADA s’est engagée aux côtés du WIC à pousser la réflexion sur les outils de mesure d’impact social et sur les améliorations à apporter au cadre réglementaire pour faciliter l’émergence de véhicules de financement innovants. Finalement, cette collaboration favorisera la mobilisation de capitaux au niveau local en faveur d’investissements dans l’économie sénégalaise dans un premier temps, puis dans la région ouest-africaine. A ce titre, ADA a co-financé l’initiative à hauteur de 30 000€ pour soutenir la création d’un tel mécanisme de financement. Fin 2018, le WIC a mobilisé plus d’un million et demi d’euros (soit 1 milliard de francs CFA) qui seront investis en 2019 par le biais de sa nouvelle structure de financement WIC Capital.


Madji Sock"En Afrique de l’Ouest francophone, nous n’avons pas encore accès à toutes les innovations en matière de produits financiers. Il faut oser ces innovations et approches qui partent de nos réalités. Nous pouvons faire évoluer le cadre réglementaire en mettant en avant ces innovations."
Madji Sock, Présidente du WIC, Sénégal

 


Axel de Ville"La vision du WIC est intéressante et nous avons été impressionnés par les actions déjà menées sur base de fonds propres. ADA souhaite soutenir le développement de l’entrepreneuriat au Sénégal à travers des partenaires qui présentent une vision et une méthodologie claire fondée sur un « business model » viable, et WIC en est un."
Axel de Ville, Consultant pour ADA, Luxembourg

 


"Le WIC est une initiative de femmes pour les femmes dans le but de renforcer l'entrepreneuriat féminin et de favoriser l'accès des femmes entrepreneures au financement. Concrètement, le WIC propose un service financier, à travers la collecte de l'épargne pour la mettre au service de projets gérés par des femmes, ainsi que qu'un service non financier, à travers de l'assistance technique, un renforcement de capacités, du coaching et du mentorat."
Thiaba Camara Sy, Co-fondatrice du WIC, Sénégal

 


Au Sénégal : financement de E-Cover à travers le WIC Capital

« S’adapter, c’est le quotidien de ces jeunes entrepreneuses »

En cette fin novembre 2019, personne ne parle pas encore du Covid-19. Je viens de finir une mission de trois jours au Sénégal où j’ai visité certains de nos partenaires, dont une institution de microfinance avec laquelle ADA planifie de développer des produits financiers pour des jeunes entrepreneurs en 2020. J’ai aussi rencontré des entrepreneurs appuyés par un partenaire incubateur avec lequel nous travaillons pour piloter une solution innovante pour le financement des entrepreneurs qui ont des besoins de financement compris entre 30 000 – 50 000 euros. J’ai enfin eu des discussions avec un autre partenaire unique en son genre en Afrique de l’Ouest, le WIC Capital, société nouvellement formée grâce à l’appui de ADA et au réseau WIC. Le WIC, c’est un réseau de plus de 80 femmes qui se sont réunies pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin au Sénégal.

E-cover Sénégal

Vendeurs ambulants en novembre 2019

Dans le taxi qui me mène à l’aéroport, à une quarantaine de kilomètres de la ville, je vois Dakar qui se développe, depuis quelques années, le trafic est devenu un sujet dans toutes les conversations. Avec une population de 12 617 hab./km², Dakar étouffe sous le poids d’un parc automobile en croissance, estimé à plus de 300 000 véhicules. Dans ce fil interminable de voitures, je pense à l’environnement que Dakar peut offrir, dynamique, entreprenant, bouillant, sportif, où les idées fusent de toutes les côtés. Chaque entrepreneur, chaque partenaire, bref tout le monde tient bien son filon. Tous sont enthousiastes, passionnés par ce qu’ils font et en parlent avec conviction. On a l’impression de ne jamais s’arrêter dans cette ville, sauf là dans les embouteillages ! Sur le chemin de l’aéroport, mon esprit est préoccupé par deux choses : serai-je à temps pour mon vol avec ces embouteillages ? Et la deuxième chose qui occupe mon esprit : depuis ce matin, une espèce de brouillard enveloppe la ville dans un épais nouage de poussière. Mon chauffeur, Dakarois confirmé, semble lui aussi surpris par cette poussière en cette période de l’année ; « c’est le changement climatique » assure-t-il. L’air, chaud est irrespirable. J’éprouve une forme d’admiration pour l’esprit débrouillard de ces jeunes qui savent trouver des ressources très rapidement, comme les masques, pour faire face à la poussière.

E-Cover

Ce nombre sans cesse croissant de voitures sur les routes de Dakar peut être multiplié fois quatre pour le nombre de pneus ! Cela constitue un vrai casse-tête environnemental pour le traitement des déchets ! Une entreprise locale veut apporter une solution durable à ce problème : E-Cover, entreprise promue par deux jeunes sénégalaises : Yaye Souadou Fall, qui a grandi et a suivi une formation en gestion des entreprises à Dakar et qui a la fibre entrepreneuriale depuis longtemps. Khady Diallo, formée en Qualité Sécurité Environnement à Dakar aussi, une passionnée du développement de procédés industriels. Les deux entrepreneures poursuivent un Master de Gestion des Entreprises dans une université locale. Leur projet E-Cover ambitionne de transformer les déchets de pneus en plusieurs applications telles que des semelles de chaussures, des granulats et du broyat de pneus.

En mars 2020, le WIC Capital a annoncé son premier investissement dans E-Cover.

« Ce qui nous a poussées vers l’entrepreneuriat a été plus instinctif qu’autre chose.
Nous avons voulu régler un problème dont souffre secrètement Dakar, notre ville natale à savoir, l’insalubrité et la pollution.
Notre activisme environnemental est parti d’un constat : on croise des pneus délabrés presque à chaque coin de rue.
Ces questions nous ont menées à trouver cette solution de recyclage de pneus ayant un impact à la fois environnemental et social.  »

Yaye Souadou Fall, fondatrice E-Cover

 

Entrepreneuriat en Afrique, bien sûr ce n’est pas facile, mais c’est faisable

En 2015, âgée de 20 ans, Souadou avec ses camarades, 30 000 F CFA (45 euros) en poche, avec pour seule machine un hachoir à viande haché et une volonté d’entreprendre, ont lancé E-cover. L’entrepreneuse reconnaît que le début était difficile : en plus de la gestion de la start-up, pour consolider son expérience et acquérir les connaissances nécessaires à l’entreprise, elle a travaillé comme assistante de programme, puis Customer Service Export Coordinator pour une multinationale installée au Sénégal, pour finir chargée de mission pour un réseau d’entrepreneurs. Son associée, Khady Diallo, a intégré le projet E-Cover pour apporter son soutien à une cause qui lui tient à cœur : la protection de l’environnement. Elle a acquis son expérience dans la gestion d’industrie auprès de grands groupes basés à Dakar.

Le projet, en phase de recherche et développement depuis 2015 avec une production manuelle, a permis aux deux entrepreneures de tester les différents produits possibles à base de pneus recyclés, allant du granulat de pneu à la semelle de chaussures, en passant par le revêtement de sol. « Pendant cette période, nous avons investi nos fonds propres, fait une campagne de crowdfunding auprès de nos amis et familles et nous avons remporté plusieurs prix d’entrepreneuriat au Sénégal et à l’étranger, pour une valeur globale de 22,2 millions de FCFA, soit 34 000 euros » raconte Souadou.

Malgré la bonne volonté, le travail et les prix remportés, comme beaucoup de start-up, E-Cover a connu des moments très difficiles.


Dates clés

  • 2015 : création de l’entreprise et prototype
  • 2016 : lever de premiers financements. Les fonds levés ont permis de lancer une mini-unité de production avec l’achat de 20 hachoirs. À ce moment l’entreprise emploie plus de 20 personnes
  • 2017 : mise en place d’une unité de production manuelle
  • 2018 : fermeture de l’unité non rentable pour cause de faible production
  • 2019 : collaboration avec WIC Capital, stratégie repensée
  • 2020 : financement de 330 000 euros du WIC Capital


Collaboration avec WIC Capital, un financement et un autre regard sur l’innovation

En 2018 – 2019, ADA a collaboré avec le WIC sur un projet de création d’un mécanisme d’investissement, afin de tester un processus de due diligence et de réalisation d‘investissement entre 50 000 et 300 000 Euros. Au cours de 2019, WIC Capital a été créée avec une forme juridique adaptée au pays et un processus de due diligence a été mis en place.

WIC Capital

Suite à un arrêt des activités en 2018, l’entreprise s’est remise à la recherche de financement pour pouvoir acquérir les machines dont elle a besoin pour sa production et disposer de l’argent nécessaire pour acheter les matières premières. Identifiée comme potentielle pour le portefeuille WIC Capital, la promotrice de E-Cover a passé toute l’année 2019 avec WIC Capital, en challengeant et affinant le modèle économique afin d’être rentable et prête à l’investissement. Avec ce recul et l’accompagnement des experts du WIC Capital, l’entreprise a pu identifier une nouvelle opportunité avec des produits rentables sur le marché local, qui ne figuraient pas parmi la gamme proposée au départ. Yaye Souadou reconnaît que l’avantage d’un financement avec WIC Capital, contrairement à une banque, réside dans l’accompagnement technique. Ce suivi, une banque classique n’aurait ni le temps, ni les moyens, ou dans certains cas, ni l’expertise nécessaire pour le faire. Au sujet du WIC Capital, les deux jeunes femmes n’ont que des éloges, car la société d’investissement met à disposition de ses partenaires un réseau de femmes entrepreneures [issues du WIC] qui soutiennent les projets financés. Ainsi, la nouvelle structure de financement met en place des mécanismes adaptés aux réalités de l’entrepreneuriat féminin sénégalais. La société d’investissement s’assure que les entrepreneures restent majoritaires dans le capital afin de garantir son engagement durant l’exécution du projet.

« WIC Capital prend des risques qu’aucune banque commerciale locale ne prendrait.
Il investit sur du potentiel même pour une entreprise comme la nôtre qui démarre ses activités  »
Yaye Souadou Fall, fondatrice E-Cover

 

Avec le Covid-19, on doit s’adapter

Etant en pleine phase de négociations d’investissement, avec une activité qui n’a pas encore redémarré, le Covid-19 a ralenti les démarches administratives. Mais les deux entrepreneures se débrouillent tant bien que mal pour gérer les activités dans les temps impartis, en espérant que la situation s’améliore au plus vite. Elles restent positives. Les machines commandées en Chine devraient arriver au Sénégal le mois prochain. Le montage qui devrait être fait par un ingénieur chinois se fera peut-être par vidéo Zoom pour guider l’installation par des jeunes ingénieurs sénégalais. « On doit s’adapter », me dit-elle. « Pas facile, mais possible, car s’adapter, c’est le quotidien de ces jeunes entrepreneures, mais n’est-ce pas ce que nous faisons tout pour continuer à travailler en cette période pariculière ! ».


Messages à d’autres jeunes entrepreneurs

En tant que jeunes femmes africaines dans un domaine masculin, Yaye Souadou et Khady Diallo se sont vu considérées comme des rêveuses et furent très souvent incomprises. De ce parcours, elles se rappellent qu’à maintes reprises, on a tenté de les décourager car trop jeunes pour cela. D’autres pensaient que leur industrie était un domaine réservé aux hommes, certains enfin leur ont dit qu’elles n’étaient pas assez riches pour faire fonctionner un business. Il y a eu même des escrocs et ceux qui ont essayé de leur mettre des bâtons dans les roues.

Ainsi, aux jeunes entrepreneurs et entrepreneures en Afrique en particulier, qui hésitent encore à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, Souadou et Khady ont un message : « croyez en votre projet et allez-y ». Car malgré tout cela, ce qui leur donne la force de pouvoir continuer sont tous ceux qui se battent à leurs côtés, avec une cause commune, ceux qui les encouragent, ceux pour qui elles sont des modèles et qui placent leurs espoirs en elles, ceux qui les inspirent, ceux qui rentrent pour travailler pour leur continent... Il y a aussi les petites joies que l’on éprouve en recyclant et découvrant des solutions qui soulagent notre environnement. Elles finissent sur une citation de Martin Luther King : « Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront sûrement ». Un clin d’œil sûrement aux ambitions qu’elles ont pour E-Cover et à leur impact sur l’environnement et le continent.


Le Sénégal, relativement épargné par la pandémie de coronavirus, a choisi de ne pas confiner la population afin d'éviter une fragilisation de l'économie. Le gouvernement a cependant décidé de prolonger l’état d’urgence jusqu’au 2 juin et de limiter les déplacements. D'un point de vue sanitaire, les autorités ont choisi de ne plus hospitaliser systématiquement les malades ne présentant pas ou peu de symptômes, préférant les isoler afin de ne pas engorger les hôpitaux.


Étude de capitalisation sur les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) en Afrique Subsaharienne

Puisque les microentreprises tendent à recourir aux institutions de microfinance pour accéder aux services financiers, ADA a coordonné la réalisation de trois enquêtes s'appuyant sur 5 IMF en Ethiopie, au Kenya et à Madagascar, afin d'identifier un échantillon de petites entreprises en expansion et réaliser des entretiens individuels avec leurs propriétaires pour mieux comprendre leurs parcours.
Cette étude est la synthèse de ces trois enquêtes et vise à fournir des informations détaillées sur les profils des entrepreneurs, sur les principaux défis et obstacles auxquels ils ont été confrontés tout au long de leur processus de croissance, et sur leurs besoins financiers et non financiers actuels. Les résultats aboutissent à des recommandations générales destinées aux prestataires de services financiers et plus généralement à tout organisme d’appui aux MPME.